Mercredi 20 janvier 2010
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Lu dans la presse des médias :
Bras de fer entre Bolloré et le syndicat du Livre CGT autour de l'impression "Direct Matin Plus" et "Direct Soir"
La distribution de "Direct Matin Plus", "Direct Soir" (Bolloré) et "20 Minutes" (Schibsted/Ouest France) a été fortement perturbée hier, en raison d'un conflit lié à leur impression. Le syndicat
du Livre CGT demande à ce que ces titres rejoignent les imprimeries de la presse parisienne, alors qu'ils utilisent aujourd'hui des imprimeries de labeur. Hier, le Comité intersyndical du livre
parisien (CILP), le SIR et le Syndicat général du livre et de la communication écrite (SGLCE-CGT) ont bloqué la distribution des quotidiens gratuits du groupe Bolloré à Paris. Ayant
largement anticipé ces actions dans la nuit de dimanche à lundi, "Direct Matin Plus" a choisi de ne pas paraître, tout comme "Direct Soir" hier soir, et tous deux devaient adopter la même
attitude aujourd'hui.
C'est un véritable bras de fer qui est engagé entre Bolloré et le syndicat du Livre. "On sortira quand on le décidera, en toute indépendance", a ainsi précisé hier le groupe Bolloré à "La
Correspondance de la Presse". Le syndicat du Livre reproche à Bolloré d'avoir quitté l'imprimerie du Monde. Le contrat de "Direct Matin Plus" a pris fin la semaine dernière et il devait utiliser
les rotatives de Brodard Graphique hier pour la première fois. Problème : Brodard, en redressement judiciaire depuis fin novembre 2009, appartient au groupe Maury et fait partie des imprimeries
de labeur, contrairement au Monde Imprimerie, qui compte parmi les imprimeries de la presse parisienne.
C'est tout le reproche du Livre CGT à Bolloré : il demande à ce que le gratuit reste dans les
imprimeries de la presse parisienne. Et pour "Direct Soir", il exige que le gratuit, qui est actuellement imprimé chez Roto France (labeur, groupe Maury), revienne, lui aussi, sur lesimprimeries
de la presse parisienne, comme il s'était engagé à le faire au plus tard au deuxième trimestre 2009, dans un accord signé en février 2008.
Bolloré veut agir en toute indépendance
De son côté, le groupe Bolloré ne veut pas en entendre parler. Ce dernier entend bien agir en toute indépendance, sans se faire dicter ses choix par le Livre CGT. Le groupe rappelle que le
contrat d'impression du Monde a été dénoncé le 19 juillet 2009 pour des raisons liées à la mauvaise qualité d'impression de l'imprimerie du Monde. "Faux problème", rétorque un élu du CILP,
"Bolloré cherche simplement à affaiblir Le Monde dans la perspective du lancement de son
quotidien haut de gamme du soir qui doit voir le jour avant l'été". Un quotidien qui serait alors le
concurrent direct du "Monde". Mais, chez Bolloré, on explique qu'il n'est pas exclu d'avoir recours aux services du Monde Imprimerie pour ce nouveau journal qui devrait être tiré à 300 DOO
exemplaires...
La semaine dernière, au cours d'une rencontre avec Info'com-CGT et le SIP, Bolloré a refusé la
solution que les syndicats proposaient, à savoir imprimer la moitié de "Direct Soir" et "Direct Matin Plus" à l'imprimerie du Monde et le reste à l'imprimerie du Figaro à Tremblay. Depuis, le
dialogue est rompu. "On s'attend à un conflit long, chacun campe sur ses positions", résume le même élu.
Au-delà, le Livre CGT estime qu'avec le départ de "Direct Matin Plus" du Monde, c'est tout
l'accord "Imprime" signé par le SPQN, l'Etat et les syndicats (sauf le SGLCE-CGT) qui est remis en cause. Celui-ci visait à mettre en place un plan social pour réduire les coûts de fabrication
des sites d'impression, en échange de quoi, la charge de travail au sein des imprimeries de la presse parisienne devait être maintenue. Le départ de Bolloré du Monde empêcherait la modernisation
de son imprimerie et donc, en conséquence, ferait donc tomber l'accord "Imprime". Mais chez Bolloré, on précise ne pas être concerné par cet accord que le groupe n'a pas signé.
"20 Minutes" donne des gages
En parallèle, le SGLCE-CGT (seul) a aussi bloqué hier une bonne partie des exemplaires de "20 Minutes" (Schibsted/Ouest France) à Paris. Un préjudice que le gratuit a chiffre à "plusieurs
centaines de milliers d'euros". Comme pour Bolloré, le Livre reproche à "20 Minutes" d'être imprimé dans une imprimerie de labeur et lui demande d'accélérer le retour de sa production dans les
imprimeries de la presse quotidienne nationale. A Paris, le gratuit "20 Minutes" dispose de deux imprimeries, celle de Brodard Graphique et celle de Circle Printers (Ex Québécor).
Selon le SGLCECGT, l'impression de "20 Minutes" dans le labeur depuis sa création ne devait être que temporaire.
Hier, dans une lettre ouverte au secrétaire général du SGLCE-CGT Marc NORGUEZ, le président de 20 Minutes France Pierre-Jean BOZO lui a demande d'"arrêter tout blocage qui remettrait en cause les
accords signés". "Nous n'avons jamais cessé de rechercher avec votre organisation syndicale des solutions de fabrication conformes à nos besoins", y précise-t-il. Il rappelle que des démarches
ont été faites en direction des imprimeries de la presse parisienne. Avec, notamment, un "courrier d'intention de contrat" envoyé au Monde Imprimerie et des "tests d'impression" avec l'imprimerie
du Figaro à Tremblay programmes pour le 25 janvier.
Dans la soirée, le SGLCE-CGT a réclame à M. Francis MOREL, président du Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN), la convocation des quotidiens nationaux gratuits et payants, des
imprimeurs de la PQN et les organisations syndicales "pour définir la répartition des titres dans l'ensemble des imprimeries de la presse parisienne". Les tensions étant moins vives qu'avec
Bolloré, "20 Minutes" devrait paraître normalement ce matin.
Recapitalisation du Monde Imprimerie.
Ces actions interviennent à un moment où Le Monde Imprimerie négocie l'entrée d'un investisseur espagnol dans son capital, afin d'avoir les moyens de se moderniser. Mais le départ de "Direct
Matin Plus" qui apportait 3,7 millions de chiffre d'affaires (sur un CA total d'environ 36,5 millions pour Le Monde Imprimerie) pourrait remettre en cause ces discussions. Du reste, le Livre CGT,
craignant de fortes réductions d'effectifs, n'est, lui, pas d'accord pour qu'un investisseur devienne majoritaire du Monde Imprimerie.
La semaine dernière, la direction et le SGLCE-CGT du Monde Imprimerie ont demandé conjointement une rencontre dès que possible avec la Direction générale des médias et des
industries culturelles (ex DOM) pour étudier si, éventuellement, l'Etat peut accorder un prêt (cf. "CP" du 11 janvier 2010). Selon les syndicats, l'opérateur espagnol avait prévu d'apporter
"entre 20 et 25 millions d'euros". Le SGLCE-CGT espère bien trouver une ligne de crédit de ce montant pour que Le Monde Imprimerie puisse réaliser seul sa modernisation.