La question sociale au cœur de notre projet
Personne ne peut dire aujourd'hui quelle sera l’issue du congrès de Reims. Certains évoquent le spectre du congrès de Rennes, apogée des déchirements entre écuries présidentielles. D’autres en appellent à un congrès de Metz, au cours duquel le PS confirma une orientation et un leader. Pour notre part, nous souhaitons un congrès de clarté. Clarté des idées, clarté des orientations, clarté de la stratégie.
Bien sûr, les choix de personnes ne sont pas sans importance. Mais ils ne sauraient se substituer au débat de fond. Les Français attendent des socialistes qu’ils incarnent non seulement une opposition résolue et imaginative, mais surtout un projet alternatif aux politiques conservatrices et parfois réactionnaires menées depuis 2002.
Résolue, car les politiques de droite, en France et au sein de l’Union européenne, fragilisent les plus vulnérables. Imaginative et alternative, car il ne suffit pas de refuser pour être crédible.
Or s’il y a bien un sujet sur lesquels les socialistes doivent porter une parole forte, c’est bien la question sociale.
1) L'offensive généralisée contre le monde du travail
Sarkozy et Fillon ont lancé une offensive tous azimuts contre les solidarités sociales - assurance-chômage, assurance-maladie, retraites - et l'éducation. Dernier exemple en date : le texte sur la « démocratie sociale » dans lequel le gouvernement a glissé des dispositions visant à dérèglementer l'organisation du temps de travail. Près de 70 articles du code du travail supprimés ou modifiés, l'extension du forfait jours ou du forfait heures à tous les salariés (susceptibles dés lors de travailler 13 heures par jour ou 48 heures par semaine), la remise en cause pure et simple du repos compensateur !
Les orientations actuelles de l'Union européenne, hélas, contribue à aggraver davantage les conditions des travailleurs. La jurisprudence récente de la Cour de Justice, qui multiplie les arrêts favorables au dumping social au nom de la sacro-sainte liberté d'installation, inquiète légitimement les syndicats européens. La politique monétaire de la BCE, uniquement tournée vers la lutte contre l'inflation, pénalise la croissance et l'emploi. Enfin, un certain nombre de directives mettent à mal les droits des salariés. Ainsi, le texte sur le temps de travail, qui confirme la limitation aux 48 heures hebdomadaires, avec toutefois la possibilité de dérogation jusqu'à 60 ou 65 heures si le travailleur concerné marque « son accord explicite » ! . Voilà ce que Xavier Bertrand appelle « la relance de l'Europe sociale » ! Les 13 défaites des partis sociaux-démocrates et travaillistes européens, sur les 15 scrutins de ces dernières années, démontrent bien qu'il y a nécessité de construire une offre politique européenne offensive qui tourne le dos à l'impasse idéologique du social-libéralisme.
Face à cette offensive, les socialistes ont le devoir de réagir. Plutôt que de disserter sur les mérites du libéralisme politique, il faut renouer avec la volonté de transformation sociale et l'imposer dans les débats et les propositions du PSE (et pour cela, être un peu convaincu des positions que nous y défendons…).
2) des réponses socialistes qui s'appuient sur nos valeurs
La Gauche défend « la valeur du travail » Depuis toujours, la droite et le patronat se sont opposés à la réduction du temps de travail, qu’il s’agisse de la durée hebdomadaire du travail, des congés payés ou de l'abaissement de l’âge de la retraite. Socialistes, nous savons que le travail peut aussi aliéner et faire souffrir. C'est la raison pour laquelle nous défendons la conquête poursuivie du temps libre. La réduction du temps de travail, c'est travailler mieux et travailler tous. Nous devons défendre les 35 heures et proposer, dès notre retour aux responsabilités, de revenir sur l'émiettement des protections collectives mise en place par le gouvernement.
La gauche défend la redistribution. Il faut inverser la tendance qui, depuis plusieurs décennies, a vu la part des richesses créées aller sans cesse davantage aux revenus du capital au détriment de la rémunération du travail. La part des revenus du travail dans la richesse nationale est passée en France de 69,9% en 1975 à 57,8% en 2008, ce qui équivaut à 180 milliards d’euros par an ! Elle est désormais inférieure à ce qu'elle était en 1960. La question du pouvoir d’achat ne pose pas sur le mode de la « vie chère » et de lutte contre la hausse des prix ; il s’agit d’abord d’une question de rémunération et de satisfaction légitime des salariés face aux efforts auxquels ils consentent quotidiennement ! Nous sommes favorables à une augmentation substantielle du SMIC (à 1 500 euros le plus tôt possible) et à la tenue d'une conférence annuelle tripartite sur les salaires. Nous plaidons également pour une réforme majeure : la réforme des cotisations patronales qui devraient être assises sur la valeur ajouté.
La gauche défend la protection sociale. Notre pays est riche, sa compétitivité naît également des garanties sociales et des protections collectives. Nous nous opposons donc aux politiques visant à baisser le niveau des pensions ou à reculer de l'âge de la retraite au motif de l'allongement de la durée de vie. Il faudra bien que les entreprises, toutes les entreprises, prennent leur part du financement des retraites par répartition, de manière à stopper à 40 annuités les cotisations salariées pour toucher une retraite à taux plein. Ouvrons sans crainte le débat sur les nouveaux modes de financement des retraites et de la protection sociale : taxation des stock-options et autres revenus financiers, etc.
La gauche doit promouvoir le rôle de l'État dans la vie économique et sociale. Le temps est venu pour les socialistes et la gauche de reprendre l’offensive en faveur de l’indispensable intervention publique dans l’économie et surtout de la mise en œuvre d'une véritable politique industrielle tant au niveau national qu'au niveau européen. Cela passe par la défense de nos services publics, par une relance vigoureuse de l’investissement public (recherche, innovation, infrastructures) mais aussi par la maîtrise collective de certains biens communs (l’eau par exemple) ou par une intervention accrue dans le domaine des prix (contre la spéculation immobilière).
Le PS doit se remettre au travail, anticiper le post-libéralisme, dans un nouveau rapport au pouvoir. Emploi, salaires, protection sociale, droits des salariés, services publics : les Français retrouveront le chemin de la gauche si nous sommes capables de proposer des mesures ambitieuses dans ces domaines.