A retrouver dans l'hebdo "A Gauche". Auteur Matthias Tavel
A l'occasion du 4ème anniversaire de l'élection de N. Sarkozy, l'Elysée a publié une brochure vantant l'action entreprise depuis le 06 mai 2007. Son titre est déja tout un programme :" La France avance".. Elle avance, mais dans le mauvais sens... Tour d'horizon.
La rupture avec la République
Nicolas Sarkozy a appliqué son slogan de campagne : la "rupture". Rupture il ya eu , avec la République et ses principes. Dès l'été 2007, l'égalité devant l'impôt a été mise à mal avec l'abaissement du bouclier fiscal à 50% et la quasi suppression des droits de succession. Il y a eu aussi rupture dans l'égalité d'accès au service public avec les fermetures de tribunaus et d'hopitaux, la libéralisation de la carte scolaire, les franchises médicales.. La transformation de la Poste en société anonyme restera un symbole. L'objectif recherché par l'UMP est en passe d'être atteint puisque l'ARCEP, l'autorité de régulation, notait dans un communiqué du 06 mai 2011 que "la qualité du service universel postal a connu une baisse marquée en 2010". De même, l'explosion des prix du gaz, de l'électricité et du logement, encouragée par les lois NOME et Boutin, constitue une rupture avec le droit au logement et à l'énergie.
La rupture s'est aussi appliquée à l'université. Jusqu'ici, le modèle républicain visait à répartir les équipements d'enseignement supérieur dans une logique d'aménagement du territoire. Avec la loi LRU, votée dès l'été 2007, c'est un tout autre modèle qu ia été imposé : autonomie, concurrence entre universités, concentration des moyens publics sur quelques fleurons, rapprochements avec les entreprises.
Mais Sarkozyn'a pas seulement rompu avec l'égalité. Il a aussi rompu avec les principes républicains. La liberté a été mise à mal par de nombreuses lois "sécuritaires", la généralisation du fichage génétique, le développement de la vidéo surveillance. La fraternité a beaucoup souffert des multiples lois contre les immigrés, du débat sur l'identité nationale, de l'opposition entre salariés du public et du privé. La laïcité a été très tôt attaquée lors du discours de Latran où Nicola Sarkozy vanta la supériorité du curé ou du pasteur sur l'instituteur de la République.
Enfin, la souverainté populaire elle même, fondement de la République, a été bafouée -avec l'aide du PS- dès 2007 avec l'adoption sans référendum du traité de Lisbonne dont le contenu avait pourtant été rejeté par le peuple en mai 2005.
Utiliser la crise
Dès le début de la crise financière, Sarkozy a révélé son état d'esprit : "La crise appelle à accélérer le rythme des réformes, en aucun cas à l'arrêter ou à le ralentir". (discours de Toulon, 25/09/2008). Pour lui, la crise est une opportunité pour aller plus loin dans la remise en cause des droits sociaux et accentuer la logique à l'oeuvre depuis 2007.
La crise a d'abord permis au "président du pouvoir d'achat" de se dégager de ses promesses sur le pouvoir d'achat et l'emploi sur le registre du "qu'est ce que vous attendez de moi ? que je vide des caisses qui sonr déja vides?" et du refus de toute hausse du SMIC depuis 2007 au dela de toute obligation légale ! Elle a aussi permis au gouvernement de masquer sa responsabilité dans l'importance de déficits et dette publics. Le sauvetage du système bancaire sans contrepartie, apparaît comme la source des difficultés alors que les mesures fiscales décidées depuis 2007 sont les premières responsables (baisse de TVA dans la restauration, suppression de la taxe profesionnelles, loi TEPA).
Par ricochet, la crise justifie l'austérité salariale et les suppressions de postes dans la fonction publique (100.000 entre 2007 et 2010 et ce n'est pas fini) alors que cette politique est en place depuis 2007 avec la RGPP. La crise économique a été allègrement utilisée pour justifier le report des âges de départ en retraite. Et l'explosion du chômage devrait être bientôt le prétexte à une nouvelle offensive, après celle de 2008, pour obliger les chômeurs à accepter n'importe quel emploi !
Au niveau européen, comme au niveau national, Sarkozy utilise la crise pour accentuer les dérives autoritaires et antisociales. Au nom de la sauvegarde de l'euro, il a largement contribué à imposer des plans d'autérité drastiques à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal, et est à l'initiative avec a. Merkel du "Pacte Euro Plus", véritable machine de guerre pour imposer l'austérité à perpétuité.
C'est aussi la crise qui est à l'origine du "Grand Emprunt" censé illustrer la "politique de relance" menée par le gouvernement et qui est en fait un puissant outil de diffusion du libéralisme (exemple éloquent à l'Université avec les laboratoires d'excellence "LABEX").
L'Oligarchie au pouvoir
Après 4 ans , le roi est nu. Les objectifs réels de sa politique sont connus de tous. Si certains ont mis du temps à s'en apercevoir, le message était pourtant clair dès le 06 mai 2007 et les festivités au Fouquet's. Sarkozy est là pour servir les intérêts de sa classe. Il fait partie de cette oligarchie qui gouverne dans son seul intérêt : bouclier fiscal puis baisse de l'impôt sur la fortune, suppression des droits de succession, niches fiscales et sociales en tout genre, arrangement avec la morale comme dans l'affaire Bettencourt. Les nantis amis du pouvoir peuvent dormir sur leurs deux oreilles, ce gouvernement d'affairistes veille à leurs intérêtes. C'est normal, c'est aussi les siens : Christine Lagarde paye moins d'ISF grâce à une disposition qu'elle a fait voter ! La seule solution pour rester au pouvoir étant de faire diversion avec les trois "i" : identité, insécurité, immigration..


