Vendredi 18 juillet 2008 5 18 /07 /2008 19:13

Lundi dernier, le gouvernement américain a annoncé un plan de sauvetage des deux principales sociétés américaines de refinancement immobilier. Il était temps. Fannie Mae et Freddie Mac ont chuté de plus de 85 % en Bourse depuis le début de la crise des subprimes. Ces derniers jours la glissade est devenue chute libre car des doutes sérieux sont apparus sur leur capacité à faire face aux défauts de paiement qui touchent de nombreux ménages. Or ces deux sociétés détiennent plus de 40% du crédit immobilier américain, ce qui représente 5 300 milliards de dollars de créances, plus d’un tiers du PIB américain. Leur effondrement aurait donc un impact gigantesque.


repêchées ces derniers mois par la puissance publique états-unienne. Le fait radicalement nouveau est que Fannie Mae et Freddie Mac sont des sociétés quasi-publiques. Ces « Government-Sponsored Entities » ont un statut privé mais elles bénéficient de fait du soutien et de la garantie de l’Etat. Elles ont d’ailleurs été créées par lui. C’est Roosevelt qui constitue Fannie Mae en 1938 pour racheter les prêts consentis aux ménages américains et éviter une défaillance général du crédit immobilier dans le sillage de la crise de 1929.

La première conséquence est politique. Fannie Mae et Freddie Mac ont été mises en place et soutenues par l’Etat car elles jouent un rôle clé dans la légitimation du système. Ce sont les outils censés conduire à la « Nation de propriétaires », représentation officielle des Etats-Unis par elles-mêmes. Elles sont aux Etats-Unis ce que l’école publique est à la France, unélément de l’identité nationale. Sur le site internet de Fannie Mae, on lit ceci : « Notre business, c’est le Rêve américain. Parce qu’avoir un endroit sûr que l’on peut appeler son chez-soi renforce les familles, les communautés et notre nation comme un tout. » C’est le mythe fondateur selon lequel, pour peu qu’il se donne du mal, chaque américain peut accéder à l’intégration sociale par la propriété, devenant dès lors un citoyen à part entière et un chef de famille protégeant les siens des aléas de la vie (le logement constituant aussi une assurance contre le chômage ou la maladie). La crise de telles institutions prend donc une dimension immédiatement politique.

La seconde conséquence de ces défaillances est à la fois économique et politique. Si les titres de Fannie Mae et Freddie Mac ont dévissé malgré l’existence d’un soutien public, c’est que les investisseurs en sont venus à douter que le gouvernement américain continuerait à les cautionner. Non pas qu’ils croient que l’Etat américain lui-même soit en faillite : la panique aurait pris dans ce cas des proportions bien plus considérables. Ils croient plutôt que l’Etat américain risque d’être obligé, pour s’en sortir le mieux possible, d’accepter une sorte de faillite partielle, circonscrite à certains secteurs et établissements. Leur inquiétude s’appuie sur des indices très sérieux. Les dispositifs existants d’intervention publique sont sur le point d’atteindre leurs limites. La politique de soutien à la liquidité des marchés menée par la Réserve fédérale a un effet pervers très coûteux en termes d’inflation. Pour la première fois la Fed hésite à la poursuivre. Autre indication, la faillite vendredi dernier de la banque IndyMac. C’est la plus grosse faillite bancaire de l’histoire américaine depuis 24 ans. Elle devrait officiellement coûter à l’office public de soutien aux banques 15% de ses réserves. Autrement dit, chacun sait dorénavant qu’un tel rythme de succession de faillites est désormais insoutenable. Si elles se poursuivent, si Fannie Mae et Freddie Mac entrent en turbulence à leur tour avec leurs milliards de dollars, et si l’Etat voulait une fois de plus voler à leur secours, il lui faudrait des ressources nouvelles. Il serait alors obligé, vu les déficits budgétaire et commercial records, à augmenter nettement les impôts. Or le gouvernement américain actuel s’y refuse. L’opposition démocrate cède à la pensée unique en la matière. Barack Obama et Hillary Clinton ont rivalisé de modération fiscale lors de leur débat télévisé d’avril dernier. Clinton a promis de « ne pas augmenter un seul impôt touchant les Américains des classes moyennes dont le revenu annuel est inférieur à 250 000 dollars ». Obama s’est également engagé à ne pas revenir sur les baisses d’impôts des contribuables qui gagnent moins de 200 000 dollars par an. Or il faut savoir que seuls 7 % des ménages américains disposent d’un revenu annuel supérieur à 150 000 dollars…

Les investisseurs ont donc raison de penser que l’Etat américain ne peut plus continuer comme aujourd’hui à soutenir le secteur bancaire en faillite tout en accumulant les déficits et en réduisant les impôts. Le modèle à la fois économique et politique sur lequel s’est construite la première économie du monde ces dernières années, et du coup l’ordre mondial dans son ensemble, est condamné. On comprend que cela rende nerveux la planète financière.

François Delapierre, A Gauche

Par MVR
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Mardi 15 juillet 2008 2 15 /07 /2008 15:52


(Rapport de la Commission défense du PS, présenté à la presse)

   
La rédaction d’un nouveau Livre blanc sur la défense est un exercice salutaire et nécessaire. Le dernier, qui datait de 1994, était obsolète, décalé par rapport à la réalité. Nous regrettons  que cette initiative n’ait pas été réalisée d’emblée dans un cadre européen, comme nous le préconisons depuis des années, alors même que la France est sur le point de présider l’Union européenne.  

1) Nous contestons la méthodologie qui a été employée et ce sur 3 points. 

- En premier lieu, il est rapidement apparu que la commission du Livre blanc était une  opération guidée par Nicolas Sarkozy. Les véritables décisions, comme le retour de la France dans l’OTAN, étaient prises à l’Elysée, et ont été rendues publiques tout au long des travaux de la commission. La commission n’a finalement servi qu’à justifier les décisions présidentielles. L’intrusion permanente de Nicolas Sarkozy dans les travaux d’une commission  qui se voulait indépendante a remis en cause  le déroulé de ses travaux. C’est ce qui a conduit les parlementaires socialistes à quitter cette commission au début du mois d’avril. 

- En second lieu, il est apparu également que le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale n’influerait en rien sur la politique de défense. La revue générale des politiques publiques (RGPP), en supprimant garnisons et emplois, façonnera de fait notre nouveau modèle d’armée et influera de manière bien plus décisive que le Livre blanc sur le futur de nos armées. Le gouvernement a inversé la logique de travail, les conclusions du Livre blanc venant finalement confirmer et justifier les décisions de la RGPP.  

- Enfin, la procédure d’information du Parlement ouverte le 14 mai ne permet pas à la représentation nationale de prendre véritablement connaissance du document. Le Parlement n’est en rien consulté et les débats en son sein n’auront aucune incidence sur le contenu du Livre blanc. Aucun vote n'est prévu au Parlement pour approuver ce document, alors même que nous le demandons depuis le début du processus: le grand débat promis et annoncé n’aura pas lieu.



2) Le retour de la France dans l’OTAN constitue l’objectif unique mais également l’erreur principale.

Le choix n’était pas entre une stricte politique d’indépendance nationale et la réintégration dans l’OTAN. Nicolas Sarkozy a fait le choix de s’aligner sur une administration Bush finissante, néo-conservatrice et en échec sur tous les territoires où elle intervient, contre la perspective de créer une Europe de la défense.(Il est en effet illusoire que l’on puisse constituer un pilier européen au sein l’OTAN). Seule la construction d’une Europe de la défense autonome pouvait servir de bras de levier pour conduire les Etats-Unis à mieux entendre leurs alliés européens et c’est grâce à cette position spécifique que les premières briques de la politique européenne de sécurité et de défense avaient pu naître depuis 1998. Cette réintégration dans l’OTAN n’augmentera pas les capacités de l’OTAN et ne permettra pas à la France de voir ses intérêts mieux pris en compte ; elle revient simplement à abdiquer l’espoir de construire l’Europe de la défense. Derrière se cache également la volonté de Nicolas Sarkozy  de réduire nos engagements pour les faire porter par l'Union européenne, ce que la réintégration dans l’OTAN ne permettra en aucun cas.  

3) L’analyse des menaces faites dans le Livre blanc nous laisse perplexe.

Chacun sait que la situation mondiale présente des incertitudes, mais aucune solution politique n’est dessinée ici pour faire face à ce que l’on qualifie de « nouvelles menaces ».  Celles-ci sont  globalisées et présentée sous un aspect dramatisant. L’absence d’analyse quant à la cause des menaces a conduit la commission à envisager des réponses trop sécuritaires et militaires. Les réponses qui devraient être essentiellement de nature politique et diplomatique, touchant l’origine même des menaces (instabilité, pauvreté etc.), ne sont pas données. Le Livre blanc ne présente aucune vision positive du monde : ce qu’il faut à la France et à l’Europe, c’est une diplomatie active qui permette de remettre de la stabilité dans un monde instable, de promouvoir la bonne gouvernance et la reconstruction politique quand elle est nécessaire. Or, l’outil militaire et sécuritaire n’est pas mis au service d’un tel projet de politique internationale. Que propose le Livre blanc pour mieux assurer la sécurité des Français ? Ni plus de moyens, ni plus de cohérence, ni plus de lisibilité. L’image catastrophiste des conséquences possibles d’une menace ne vise qu’à produire de l’anxiété dans notre population et risque de justifier toutes les dérives sécuritaires.
Notre sécurité se joue aujourd’hui sur les territoires extérieurs, grâce à notre diplomatie et à des opérations de prévention et de stabilisation. Or, le volume projetable de notre armée sera réduit, conséquence mécanique d’une logique budgétaire mal comprise, et non d’une analyse des besoins de notre défense.  

4) La démocratie sort affaiblie de ce Livre blanc.

L’exercice de rédaction du Livre blanc a été tellement cadré par l’Elysée que ce qui pouvait faire son originalité (la méthode démocratique associant parlementaires de la majorité et de l’opposition) a été réduit à néant par Nicolas Sarkozy. Les années à venir vont voir une concentration accrue des pouvoirs en matière de défense dans les mains du Président de la République. Le SGDN, jusqu’à présent sous la tutelle du premier ministre, travaillera en réalité auprès du Président de la République. La nomination d’un Coordinateur au renseignement auprès du Président nous fait craindre les pires dérives : opacité des politiques menées, perte de contrôle sur les services de renseignement, car le Parlement ne peut contrôler l’action du Président et des structures qui lui sont ou seront rattachés.

La présidentialisation ne concerne pas uniquement la défense : le Livre blanc sur la politique étrangère et européenne prévoit la création d’un Conseil des affaires étrangères auprès du Président de la République. Tout ceci s’inscrit dans une logique de concentration du pouvoir dans les mains d’un seul homme dans tous les domaines de l’action de l’Etat et ce, alors même que le Parlement n’a aucun pouvoir de contrôle sur lui. Au lieu du rééquilibrage des pouvoirs qui était promis, ce sont les pouvoirs du Président qui sont renforcés, empêchant tout contrôle, et donc tout renforcement du Parlement. Nous y voyons un affaiblissement de la démocratie.

Le projet de réforme des institutions n’a pas répondu à nos attentes concernant le contrôle des opérations extérieures. Il faudra attendre 4 mois pour que le Parlement puisse se prononcer sur l’envoi de troupes à l’étranger, ce qui est loin du standard démocratique en vigueur chez nos partenaires européens. Le déploiement de 900 hommes de troupes supplémentaires en Afghanistan annoncé lors du sommet de Bucarest nous sert d’ailleurs d’exemple. Près de 3 mois après cette annonce nous ne savons exactement ni le nombre de troupes qui seront exactement déployés, ni la nature de ces troupes, ni la mission qui sera affectée à ces troupes, ni les règles d’engagement et chaîne de commandement, toutes choses que nos homologues européens connaissent dans leurs pays respectifs. 

                                       **********************

Sans renier la spécificité de nos intérêts, il eut été nécessaire d’initier cet exercice dans le cadre européen en profitant notamment de la présidence française de l’Union européene. Une telle initiative, qui reste nécessaire pour relancer l’Europe de la défense que les Français et les Européens appellent de leur vœux depuis de années, aurait permis d'éviter ce sentiment de dérive sécuritaire qui transparaît dans le Livre blanc. Elle aurait évité que le Livre blanc devienne un exercice biaisé chargé d’habiller les fermetures de garnisons sans concertation avec les élus.


Ce livre blanc bouscule sans ménagement un monde militaire qui vient juste d’absorber le choc de la professionnalisation des armées. Les premières réactions négatives traduisent l’inquiétude de l’institution dans son ensemble, officiers, sous-officiers et personnels civils, devant un manque de transparence et de cohérence. Le choc risque d’être bien plus brutal que lors de la fin de la conscription.

Par MVR
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Samedi 12 juillet 2008 6 12 /07 /2008 01:28
Par François Delapierre (A Gauche)

L’adoption en première lecture par l’Assemblée Nationale du projet de loi sur la réforme du temps de travail dans la nuit de lundi à mardi ouvre la voie à l’une des plus lourdes régressions sociales mises en œuvre par ce gouvernement.

Celle-ci frappe par l’étendue des victimes. Les cadres, notamment, qui pouvaient parfois se croire protégés par la droite, sont en plein dans le collimateur. Et en particulier tous ceux qui sont au « forfait jours » (c’est-à-dire ceux dont on estime qu’il est impossible de compter ou de limiter leur temps de travail horaire, qui bénéficient à la place d’une limitation du nombre de jours travaillés par an).


Jusqu'à présent, le maximum de jours de travail annuels pour ces « forfaits jours » était de 218. Or la réforme gouvernementale permettrait d'aller jusqu'à 282 jours de travail. Certes un amendement a fixé à 235 jours le nombre maximum de jours travaillés en l’absence d’accord d’entreprise... mais il sera possible d’aller jusqu'à 282 jours si un tel accord le prévoit.

Sortons les calculettes. A quoi correspondent 235 jours de travail par an ? 365 jours moins 52 dimanches moins 52 samedis moins le premier mai moins 25 jours de congés payés légaux (cinq semaines de cinq jours) font exactement… 235 jours. Concrètement, cela veut dire la suppression de tous les jours de RTT mais aussi de tous les jours fériés chômés et payés comme le 1er janvier, le 15 août ou le 14 juillet (25 jours par an !). Idem pour la durée maximale de 282 jours, qui correspond à un travail 6 jours sur 7 toute l’année sauf le premier mai et les 30 jours (cinq semaines de six jours) de congés légaux. En bref cela revient à supprimer toute durée légale maximale : il est tout simplement impossible de travailler plus sauf à remettre en cause la loi sur les cinq semaines de congés payés ou les conventions internationales qui reconnaissent le droit à un jour de repos hebdomadaire.

Une telle suppression des limitations du temps de travail va à l’encontre des mesures qui ont été prises depuis plus d’un siècle, notamment pour préserver la santé au travail. Les récents suicides de cadres chez Renault en ont pourtant rappelé la triste actualité : travailler trop tue. De plus, contrairement à la propagande gouvernementale, « travailler plus » ne permettra même pas de « gagner plus » puisque la réforme gouvernementale permettrait aussi de déroger à la majoration salariale de 25% des premières heures supplémentaires pour la réduire à seulement 10%.

Pour l’instant, ces nouvelles durées maximales ne s’appliqueront qu’en cas d’accord au niveau de la branche mais aussi de l’entreprise. C’est sans doute là le principal tournant de notre droit social. En consacrant la suprématie du contrat sur la loi comme celle de l’accord d’entreprise sur la négociation de branche, le gouvernement ne se contente pas d’épouser la mode idéologique du moment en faveur de la « proximité », de l’individualisation, de la contractualisation. Il fait de la durée du travail l’un des facteurs de la concurrence entre entreprises. Demain, plus rien n’empêchera que le chantage aux délocalisations ou aux contrats perdus soit brandi pour obliger les salariés à augmenter leur temps de travail sans qu’aucune limite légale ne s’y oppose. Et dès lors qu’une entreprise dans un secteur réduira les droits de ses salariés pour diminuer le coût de ses prestations, il « faudra bien » que les autres s’alignent. La protection uniforme de la loi, seule manière d’assurer l’égalité des citoyens au travail, cèdera la place à un droit du travail « individualisé », atomisé, remplaçant les solidarités collectives par la concurrence de tous contre tous dans une course effrénée au moins-disant social.

Cette histoire ne se terminera pas avec l’adoption finale de la loi à la fin du mois. C’est un combat de longue ampleur qui se dessine. Il faudra l’apport des luttes sociales pour contraindre le législateur à revenir sur ces mesures. Mais il faudra aussi l’apport spécifique du combat politique. En la matière, la ligne social-démocrate ne constitue pas un instrument de résistance efficace car elle aussi place le contrat au-dessus de la loi. De son côté, la ligne démocrate, qui partage avec la ligne social-démocrate la volonté d’assurer la supériorité du contrat ( Ségolène Royal avait ainsi déclaré pendant la « primaire » socialiste : « le contrat se substituera à la loi »), prône en outre la dissolution des statuts collectifs au profit de l’individualisation des rapports sociaux. C’est-à-dire exactement ce qu’opère cette réforme du temps de travail ! Dans ce contexte, seul le socialisme républicain, parce qu’il établit la suprématie de la loi sur le contrat au nom de l’ordre public social et de l’égalité des citoyens, constitue une riposte pertinente.

Par MVR
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